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L'Église face aux miracles - De l'Évangile à nos jours - Patrick Sbalchiero

L'Église face aux miracles - De l'Évangile à nos jours - Patrick Sbalchiero

  • Date de sortie: 24-10-2007
  • Catégorie: Histoire
  • Editeur: Fayard
  • ISBN: 2213620970
  • Vues: 1163
  • Date d'ajout: 08/08/2022 09:38

Encore un livre sur les miracles !
Cette réflexion, toujours possible, sous cette forme exclamative, révèle en creux la richesse sinon l'incroyable étendue bibliographique, sinon le trop-plein éditorial, sur ce sujet.
Cependant, l'angle d'attaque de cet ouvrage - la «problématique» si redoutée des étudiants - diffère fortement de la production antérieure, y compris des propres entreprises de l'auteur.

Ce livre n'est pas une histoire factuelle des miracles, ni celle de leur théologie, ni celle des affrontements entre croyants et incroyants à leur sujet. Il ne s'agit pas davantage d'une histoire de la religion populaire, consommatrice de merveilleux, ni de celle de la spiritualité chrétienne, ni de celle de la sainteté catholique, pourtant si connexe à la question du miraculeux.

Notre propos est plus modeste : nous efforcer de comprendre la nature et l'évolution des rapports de l'Église catholique, en tant qu'institution historique, aux miracles depuis les débuts de notre ère.
Mais d'abord, qu'est-ce qu'un miracle ? Dans le langage courant, c'est un fait étonnant, extraordinaire qui dépasse les capacités humaines et les lois naturelles, dit-on souvent. Le Nouveau Testament utilise trois mots grecs : thauma (d'où vient le mot «thaumaturge» : l'auteur de miracles) : il s'agit d'une merveille suscitant l'étonnement ; endoxa, utilisé une seule fois par l'évangéliste saint Luc : les actes prodigieux du Christ ; paradoxa, utilisé également par Luc une seule fois (5, 2), ne doit pas être traduit par «paradoxe» : il s'agit des actions extraordinaires de Jésus, le mot doxa signifiant gloire (de Dieu). Quant au latin miraculum (miracle), il est absent de la traduction latine des Évangiles. Enfin, la formule semeia kai terata (les «signes et les prodiges» du Christ et de ses disciples) est employée 16 fois dans le Nouveau Testament. Le mot semeion désigne non le prodige dans l'ordre du phénomène concret, mais un fait extraordinaire religieusement signifiant : un signe de Dieu compréhensible par et dans la foi. C'est ce sens que donne encore aujourd'hui l'Église aux miracles qu'elle reconnaît publiquement.

Par ailleurs, «Église» ne signifie pas «assemblée» des croyants, peuple de Dieu, mais hiérarchie (papes, évêques, clergé...) dont l'autorité doctrinale et morale se manifeste par des textes normatifs (encycliques, décrets, catéchismes, etc.) et par des décisions juridiques.
C'est à travers l'examen chronologique de ce corpus que nous voudrions aborder les miracles chrétiens.
Que serait le christianisme sans les miracles ? Vue de Sirius, son histoire ressemble à s'y méprendre à «une chronique de miracles et d'interventions surnaturelles».
Dans la Bible, le miracle manifeste l'alliance de Dieu avec les hommes.

Une signature omniprésente dans le judaïsme biblique, dans le corpus canonique du Nouveau Testament et, bien sûr, dans la littérature dite apocryphe (non acceptée officiellement par les autorités ecclésiastiques), du IIe au Ve siècle de notre ère.
Les miracles, rapportés par les évangélistes, conceptualisés par les Pères de l'Église, vantés par les apologistes, analysés par les théologiens, critiqués par les exégètes, sont assumés et canalisés par les autorités ecclésiastiques depuis deux mille ans sans interruption. Jalons dans l'histoire du «salut», ils occupent une place de choix dans la tradition et l'enseignement clérical, sans pour autant constituer des objets de foi, être inscrits dans aucun credo, hormis la résurrection du Christ et ses «apparitions» aux premiers disciples, fondements historiques de la foi.

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