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Les trois rivales - J.-H. Rosny (1913)

Les trois rivales - J.-H. Rosny (1913)

  • Catégorie: Littérature
  • Vues: 1822
  • Date d'ajout: 22/12/2022 15:05

M. de Nauteuil examina longuement son visage dans le petit miroir d’argent qu’il tenait toujours auprès de lui, puis il retira le thermomètre qu’il s’était glissé sous l’aisselle et murmura :
— Trente-huit !…
C’était un petit vieillard décharné comme un fakir, les yeux étincelants d’un feu vert, la bouche maigre et cruelle. Il se tourna vers un jeune homme qui était à côté de lui et dit sèchement :
— Hubert, mon garçon, je serai mort avant trois heures du matin.
Ces paroles, que rien ne faisait prévoir, car Nauteuil s’abstenait rigoureusement de faire allusion à sa maladie, émurent le jeune homme jusqu’aux larmes. Il prit la main de son oncle et balbutia :
— Non ! Non ! vous guérirez au contraire… le docteur est plein de confiance !
— Le docteur fait son métier ! répliqua durement Nauteuil.
Et comme son neveu lui serrait la main, tendrement :
— Allons ! laisse-moi mourir comme j’ai vécu… Ne dépense pas un attendrissement inutile. Je ne le mérite pas. J’ai vécu sans affection. Je suis un solitaire, un de ces êtres qui n’aiment pas et qu’on ne doit pas aimer. Cela n’est ni bien ni mal : c’est un état de cœur… aussi fatal que le cours des astres.
Il retira sa main et prit un petit buvard sur la table :
— Il y a deux plis là-dedans, et un télégramme. Le premier des plis contient mon testament. Le second renferme des instructions pour mon notaire. Quant au télégramme, il appelle au château un homme à qui j’ai une vieille dette à payer. Tu feras envoyer le télégramme tout de suite, afin que M. de Moreuil puisse être ici demain. C’est à lui qu’il faudra remettre le testament, devant le notaire, à qui tu auras, cela va sans dire, confié auparavant le second pli. C’est tout ce que je désire. Je sais que tu exécuteras fidèlement mes instructions. Cela aussi est fatal : tu es honnête comme l’eau des sources est claire. Adieu. Laisse-moi maintenant mourir en paix. Personne ne doit plus pénétrer ici… qu’Auguste et le docteur… Adieu, mon garçon !…

Les auteurs :

Les frères J.-H. Rosny sont nés à Bruxelles, en 1856 et 1859, d’une famille d’origine française, hollandaise, belge et espagnole. Ils firent leurs études à l’Athénée et à l’École Normale de Bruxelles. Paris exerça son attirance sur eux et toute une série de romans composés en collaboration, ne tarda pas à les mettre en première ligne des maîtres du roman moderne ; car les frères Rosny ne commirent pas un de ces accouplements littéraires qui font germer le plus souvent un sourire, l’œuvre de ces esprits vigoureux fut une œuvre de force qui marque dans la voie si difficile et si encombrée du roman une étape brillante.

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Les trois rivales - J.-H. Rosny (1913)